Kiné libéral

Savoir combien se verser et laisser de coté : le guide complet du kiné libéral

Introduction

Que ce soit juste après le diplôme, ou lors d’un passage du salariat au libéral, les démarches à entreprendre pour s’installer en libéral sont multiples. 

Sur le papier, ça paraît simple mais en pratique, l’enchaînement des démarches, les délais à respecter et les choix à faire, peuvent vite devenir flous quand on n’a personne pour expliquer.

Ce guide reprend les étapes une à une, dans l’ordre logique, avec les pièges classiques et les bons réflexes à adopter. 

Il s’adresse à tous les kinés qui s’installent : néo-diplômés comme professionnels qui changent de statut.

Avant de s’installer : choisir son mode d’exercice

Le premier choix est celui du mode d’exercice. Il conditionne tout le reste : démarches, assurances, fiscalité.

Voici les modes d’exercice possible : 

Remplacement

Vous exercez ponctuellement à la place d’un confrère absent. 

Vous ne touchez pas directement les recettes générées. C’est le titulaire qui vous rétrocède un pourcentage du chiffre d’affaires que vous réalisez (classiquement 75-25 %).

Pour qui ? Idéal pour démarrer après le diplôme, garder de la flexibilité, explorer différents environnements de travail sans s’engager.

Assistanat

Vous travaillez aux côtés d’un titulaire dans son cabinet, avec votre propre patientèle qui appartient au titulaire. Vous lui rétrocédez un pourcentage pour l’utilisation des locaux. 

Pour qui ? Les kinés qui veulent rester indépendants sans avoir la charge de la gestion d’un cabinet.

Collaboration

Proche de l’assistanat, mais avec un cadre juridique plus protecteur. La patientèle vous appartient, tout en partageant les locaux et certains frais avec le titulaire.

Pour qui ? Les kinés qui veulent l’autonomie sans encore prendre la responsabilité d’un cabinet.

Titulaire

Vous exercez dans votre propre local, loué ou acheté. C’est la forme d’exercice la plus répandue et la plus engageante car toute la gestion de la structure vous revient. 

💡 Depuis l’avenant 5 puis l’avenant 7 de la convention nationale, l’installation est régulée par zonage. Dans une zone non prioritaire, vous ne pouvez vous installer que si un autre kiné la quitte. Vérifiez le zonage de votre zone sur le site Rezone kiné de l’Assurance Maladie avant de vous engager.

Les démarches administratives, dans l’ordre

Une fois le mode d’exercice choisi, voici la liste des démarches à entreprendre : 

1. Récupérer son Diplôme d’État.

Sans ce document, aucune des étapes suivantes n’est possible.

2. Ouvrir un compte bancaire professionnel

Toutes vos recettes et vos frais professionnels (charges, cotisations sociales) doivent transiter par ce compte. C’est ce qui rendra votre comptabilité simple à tenir.

3. Souscrire une responsabilité civile professionnelle (RCP)

Obligatoire depuis la loi du 4 mars 2002 pour tout professionnel de santé exerçant en libéral. La RCP couvre les conséquences en cas de dommage causé à un patient. C’est le tout premier contrat d’assurance à souscrire, avant même l’inscription à l’Ordre. 

4. S’inscrire au tableau de l’Ordre des kinésithérapeutes

L’inscription est obligatoire pour exercer. Les démarches se font auprès du Conseil Départemental de l’Ordre de votre lieu d’exercice (pour les titulaires et assistants / collaborateurs) ou de votre lieu de résidence (pour les remplaçants).

Voici les pièces à fournir (liste indicative, à vérifier auprès de votre CDO) :

  • Photo d’identité format passeport

  • CV

  • Pièce d’identité en cours de validité

  • Justificatif de domicile de moins de 3 mois

  • Photocopie du Diplôme d’État recto-verso

  • Attestation RCP en cours de validité

  • Copie du contrat de remplacement, ou d’assistanat-collaboration

  • Déclaration sur l’honneur

💡 Depuis 2020, l’Ordre exonère les néo-diplômés de cotisation la 1ère année et applique une réduction de 50 % la 2ème année.

5. S’enregistrer auprès de l’Assurance Maladie

Une fois inscrit à l’Ordre, vous devez vous inscrire à la CPAM afin d’obtenir votre conventionnement. Cela va également amorcer les démarches auprès de l’Urssaf et de la Carpimko.

Un certain nombre de pièces et justificatifs seront à fournir :

  • Carte d’assuré social (la carte vitale).

  • Relevé d’identité bancaire ou postal (compte professionnel).

L’inscription à la CPAM permet :

  • D’être inscrit au registre des professionnels de santé, et d’obtenir un numéro Assurance Maladie.

  • D’être affilié(e) à titre personnel à la Sécurité sociale.

  • De valider la commande de votre Carte de Professionnel de Santé (CPS), envoyée ensuite par l’Agence du Numérique en Santé.

6) Inscription à l’Urssaf

Vous devez déclarer votre activité auprès de l’Urssaf de votre lieu d’exercice. C’est cette déclaration qui déclenche votre affiliation au régime social des indépendants et le calcul de vos premières cotisations.

7) Affiliation à la Carpimko

La Carpimko est la caisse de retraite et de prévoyance obligatoire des paramédicaux libéraux. Une fois votre déclaration Urssaf effectuée, l’inscription à la Carpimko se fait automatiquement. Vous recevrez rapidement votre premier appel de cotisation.

💡Si vous n’avez pas reçu d’attestation d’affiliation sous un mois, téléchargez-la directement sur leur site et envoyez la leur.

💡Si vous n’avez pas reçu d’attestation d’affiliation sous un mois, téléchargez-la directement sur leur site et envoyez la leur.

⚠️ Important : Lors du démarrage de votre activité, ces cotisations sont forfaitaires pendant presque 2 ans. Une fois lancée, l’Urssaf et la Carpimko vont calculer vos cotisations réelles et vous demander de payer la différence. C’est ce qu’on appelle la régularisation. Pour en savoir plus, consultez nos guides qui vous expliquent tout.  

👉 Anticiper ses cotisations en tant que néo-diplômé ou en début d’activité

👉 Comment calculer sa régularisation d’URSSAF en tant que kiné ?

Choix du régime fiscal : Micro-BNC ou réel ?

Votre activité libérale relève des Bénéfices Non Commerciaux (BNC). Vous avez le choix entre deux régimes possibles : le micro-BNC ou le réel. 

Il est important de bien choisir car cela va notamment impacter le calcul de vos cotisations sociales ainsi que votre impôt sur le revenu. 

👉 Pour faire le bon choix, nous avons consacré un article entier à ce sujet : Micro-BNC ou régime réel kiné : que choisir ?

Les assurances indispensables

Au-delà de la RCP obligatoire, trois autres familles d’assurances sont à considérer dès l’installation.

Les assurances du cabinet

L’assurance multirisque cabinet couvre votre local et votre matériel contre de multiples dégâts. 

💡 L’option pertes d’exploitation est aussi intéressante : elle compense votre perte de marge si votre activité est interrompue suite à un sinistre.

La prévoyance professionnelle

Si vous êtes en arrêt de travail, vos charges fixes continuent de tomber. La Carpimko et la CPAM vous versent des indemnités journalières, mais avec un délai de carence et des montants souvent insuffisants pour maintenir votre niveau de vie.

💡 Une prévoyance individuelle complémentaire est vivement recommandée. Elle peut être déductible si elle entre dans le cadre de la loi Madelin.

La complémentaire santé

Souscrire une mutuelle est indispensable. Ici aussi, certains contrats Madelin permettent la déduction fiscale des cotisations

Le contrat : ce qu’il faut absolument vérifier

Que vous soyez remplaçant, assistant ou collaborateur, votre contrat doit être écrit et signé par les deux parties. Un contrat oral n’a aucune valeur légale.

Une copie doit être envoyée au conseil départemental de l’ordre d’exercice. 

Quelques points à vérifier :

  • La clause de non-concurrence : elle vous interdit de vous réinstaller dans un certain périmètre (en km) et pendant une certaine durée après la fin du contrat. Une clause trop large peut vous bloquer professionnellement pendant des années.

  • Les conditions de rupture : préavis, modalités, motifs.

  • La répartition des frais : à combien s’élèvent les charges du cabinet. C’est ce qui justifie le montant de votre rétrocession en tant qu’assistant ou collaborateur. 

La NGAP : comprendre la nomenclature de vos actes

La Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP) est la liste officielle des actes pris en charge par l’Assurance Maladie, avec leurs cotations. 

Pour chaque acte que vous réalisez, elle prévoit une lettre clé et un coefficient. La multiplication des deux donne le tarif de l’acte.

Une nouvelle NGAP est entrée en vigueur le 22 février 2024 (issue de l’avenant 7 de la convention). 

Elle a apporté trois changements majeurs : 

  • la création de 20 nouvelles lettres clés plus descriptives, 

  • la revalorisation progressive des actes jusqu’en juillet 2027, 

  • nouvelles règles (notamment la possibilité de facturer deux séances le même jour à un même patient sous conditions, et l’accès direct dans certaines structures d’exercice coordonné).

💡 Comprendre la NGAP est essentiel pour bien coter vos actes et éviter les indus. La plupart des logiciels métier (Vega, Maiia Kiné, Kiné + 4000) intègrent un assistant de cotation qui vous guide.

Les aides à l’installation

Aides géographiques

Si vous vous installez dans une zone très sous-dotée (selon le zonage de l’ARS de votre région, consultable sur Rezone kiné), vous pouvez bénéficier d’aides forfaitaires de l’Assurance Maladie.

Plusieurs contrats existent selon votre profil et votre type d’installation. Tous reposent sur le même principe : en échange d’un engagement de durée (3 à 5 ans généralement), vous percevez une aide annuelle qui peut représenter plusieurs milliers d’euros.

→ Parler ici jeune diplomé et actualité sur l’obligation de s’installer en zone sous doté ? 

L’ACRE (aide à la création et reprise d’entreprise)

Si c’est votre première installation, vous êtes éligible à l’ACRE. Elle vous offre une exonération partielle de vos cotisations sociales pendant 12 mois, sous conditions de revenus.

Les bons réflexes dès les premier mois

Une fois l’activité lancée, quelques habitudes simples à prendre dès le début :

S’équiper d’un logiciel de gestion et télétransmission certifié

C’est obligatoire pour télétransmettre à l’Assurance Maladie avec votre CPS. Plusieurs solutions existent (Vega, Maiia Kiné, Doctolib …) avec souvent des offres préférentielles pour les jeunes diplômés. Le Forfait d’Aide à la Modernisation et l’Informatisation (FAMI) versé chaque année par la CPAM compense en partie le coût.

Assurer votre comptabilité dès le début

Garder une trace de toutes vos dépenses pro dès le premier jour (factures, abonnements …). C’est essentiel pour votre déclaration comptable 2035.

Suivez votre activité grâce à un outil de pilotage :

Anticiper vos cotisations sociales et votre impôt afin d’éviter les mauvaises surprises lors des régularisations. Cela vous permettra de vous rémunérer avec plus de sérénité. 

👉 Pour tout savoir sur la rémunération, découvrez notre guide salaire net d’un kiné libéral : comment le calculer ?

Le résumé en 1 coup d’oeil

  • L’installation se fait dans un ordre précis : DE → compte pro → RCP → Ordre → CPAM → URSSAF → Carpimko.

  • La RCP est obligatoire dès le premier jour. Les autres assurances (prévoyance, complémentaire santé) le sont également en pratique.

  • Vos cotisations sociales (Urssaf et Carpimko) anticipent dès le début pour éviter les mauvaises surprises

  • Le choix entre Micro-BNC et régime réel a un impact direct sur votre imposition 

  • Tout contrat doit être écrit, signé et envoyé au CDO

  • Vérifier bien votre éligibilité aux aides à l’installation 

Pour aller plus loin

👉 Anticiper ses cotisations en tant que néo-diplômé ou en début d’activité

👉 Salaire net d’un kiné libéral : comment le calculer ?

👉 Comment calculer sa régularisation d’URSSAF en tant que kiné ?

👉 Micro-BNC ou régime réel kiné : que choisir ?

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